M. Fenouillet
Cadastre Napoléonien
1824
Considérer la nation comme un être-récit, tenant son être d’une certaine façon de se dire, ce n’est pas oublier ce qu’il entre de polytechnique dans cette poétique. Même si les agents-voyers des départementales n’ont pas acquis le prestige rétrospectif des hussards noirs de la République, les ingénieurs du macadam et des voies ferrées n’ont pas fait moins que les éditeurs de collections populaires et les bibliothèques publiques. Les derniers impriment l’idée dans les cerveaux, les premiers dans le sol ; la connivence par référence et la connexité par le réseau s’entretiennent l’une l’autre.
[…]
Et qui dit adresse dit cadastre, boîte aux lettres, plan communal. L’adressage national des consciences et destinées individuelles suppose aussi, à plus haute échelle, un support visuel, aussi nécessaire à la guerre qu’au fisc : la représentation figurée du territoire — atlas, « théâtre », carte murale. Elle permet d’appréhender l’espace comme un tout, de même que le manuel d’histoire, au-delà de la mise en liste des dates, monte le passé en séquences. Tels furent, hier, les outils de l’homogène et, du discontinu. […] Hier, l’espace était discontinu, et le temps une continuité riche. Aujourd’hui, l’espace s’est lissé et le temps, émietté.
Lieu: Apinac, France
Collection: Archives départementales de la Loire
Texte: Régis Debray, Croire, voir, faire, 1999
Publié: Juin 2026
Catégorie: Cartographie