Illustration

Léon Lhermitte

La moisson près du village

1897

L’art, le paysage, le paysan : c’est en les perdant qu’on les découvre. […] Si la nature est partout, le paysage ne peut naître que dans l’œil du citadin qui le regarde de loin parce qu’il n’a pas à y travailler chaque jour, le nez dessus. Le paysan se moque du paysage, parce que le besoin l’étrangle et qu’il y transpire le dos courbé, tel ce fermier provençal dont parlait Cézanne qui s’en allait sur sa charrette vendre des pommes de terre au marché et « n’avait jamais vu la Sainte-Victoire ». L’urbanisé déjà assez assuré de survivre peut seul s’adonner aux plaisirs de la promenade et de la contemplation. Pas plus que le paysage n’est la nature nourricière et salissante du paysan, l’art n’est l’ensemble des images au sein desquelles grandit une société qui leur donne sa foi […] L’art comme le paysage sont des attitudes de conscience. « Un état de l’âme », disait Amiel du paysage. Autant dire un mythe, comme s’appelle toute croyance partagée. […] Ne nous étonnons pas demain si « un monde sans paysans » devient « un monde sans art ». Les arrière-pays et les avant-gardes étaient peut-être plus solidaires que nous le pensions.

La moisson près du village

Collection: Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
Dimensions : 580 x 390 mm
Text: Régis Debray, Vie et mort de l’image, 1992


Publié: Octobre 2017
Catégorie: Illustration

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