Littérature

René Barjavel

Les Années de la liberté

1975

Les Temples sont vides, et les cales des navires pleines d’héroïne. Si les Eglises avaient su donner à ces enfants la vérité ils ne seraient pas allés en chercher l’illusion dans les poisons et les fumées. La violence est un autre poison et une autre illusion. On ne fait pas surgir le bonheur à coups de barres de fer. Seulement la haine. Rien ne passe plus vite que la jeunesse. On demeure, hélas ! vieux bien plus longtemps. Mais si la jeunesse de ces jeunes n’est pas seulement une étape biologique, si elle se prolonge et se transmet, il n’est pas impossible que leur révolte active et passive finisse par faire craquer le monde occidental, où il est encore, malgré tous ses défauts, bien agréable d’exister. Il est à craindre que ce qui lui succédera ressemble peu à la fraternité dont ils rêvent. La civilisation machine-énergie-distribution est extrêmement vulnérable et ne supporterait pas sans désastre la longue crise nécessaire à l’établissement d’un nouvel état. Pour empêcher cet écroulement, dont nous serions tous victimes, jeunes et vieux, il est probable que marxistes ou militaires, ou les deux confondus, interviendraient ici ou là. Le désordre appelle l’excès d’ordre.


Publié: Juin 2020
Catégorie: Littérature

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