Patrick Lambertz
La vie de l’esprit
2017–2018
Je disais, un jour, à un architecte, qui me voulait convaincre de la beauté supérieure d’édifices tout modernes, dressant à mille pieds de prodigieuses ruches de ciment, que ces masses concrètes étonnaient sans doute le regard, et lui offraient un décor prestigieux de falaises géométriques exposé à toutes les hautes variations de la lumière des jours, et que j’admirais ces constructions surhumaines… Mais, s’il fallait bien que je les admire, — ce n’était point là les aimer. Une épure, lui dis-je encore, une épure en épuise la connaissance, mais je ne vois personne qui les considère avec une tendresse croissante, qui s’attarde en un point, et tire un carnet de sa poche pour croquer tel détail, telle solution singulière d’un problème qui naquit de quelque imprévu et provoqua le praticien à combiner la fonction, la matière, et son propre génie pour inventer ce qui convenait et donnât enfin l’impression de la trouvaille, de la vie de l’esprit… C’est là, pourtant, ce que suggère assez souvent une vieille maison, une petite église en France. Telle bicoque, tel morceau d’une ruine, ont leur saveur, qui n’est qu’à eux.
Lieu: Switzerland
Texte: Paul Valéry, Pensée et art français, 1939
Publié: Septembre 2020
Catégorie: Photographie
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